Accord sur le lithium de Dobra
Le gouvernement ukrainien a attribué un contrat lucratif pour l’exploitation d’un important gisement de lithium à un consortium d’investisseurs liés aux États‑Unis, dont certains entretiennent des relations proches avec le président Donald Trump.
Un projet pilote annoncé par la Première ministre
La Première ministre Ioulia Svyrydenko a présenté cet accord comme un projet pilote visant à exploiter le gisement de Dobra, dans la région de Kirovohrad, au centre de l’Ukraine.
Investissements prévus et premières étapes
Le projet requiert un investissement minimum de 172 millions de dollars : 12 millions seront consacrés à de nouvelles explorations géologiques et 167 millions à l’extraction des gisements identifiés.
Une compétition internationale encadrée
Le gouvernement indique avoir examiné des candidatures d’entreprises nationales et internationales disposant des ressources financières et des capacités techniques nécessaires. Un concours de sélection, lancé en août 2025 selon le Kyiv Independent, s’est déroulé sur la base d’un système d’évaluation noté sur 100 points.
Le lauréat et ses liens politiques
Malgré le caractère compétitif du processus, la société retenue présente des liens avec un soutien important du président Trump. Le 12 janvier, Svyrydenko a annoncé que Dobra Lithium Holdings, co‑entreprise dont les actionnaires incluent TechMet et Rock Holdings, avait remporté l’appel d’offres.
Le New York Times a par ailleurs signalé que le consortium gagnant comprenait Ronald S. Lauder, héritier d’un empire cosmétique et ancien proche de Donald Trump, ainsi que TechMet, une entreprise énergétique partiellement détenue par une agence d’investissement américaine créée sous la présidence de Trump.
Favori attendu et soutien institutionnel
Le Kyiv Independent rapporte que TechMet était depuis longtemps pressenti pour l’emporter, en partie parce qu’il bénéficie du soutien de la Société américaine de financement du développement international.
Contexte politique et économique
Certains observateurs voient cette annonce dans le cadre des efforts de Kyiv pour séduire des soutiens internationaux. Dominic Culverwell (Kyiv Independent) note que l’initiative intervient alors que le président Volodymyr Zelensky mise sur le potentiel économique de l’Ukraine pour obtenir l’appui de Donald Trump à sa proposition de paix en 20 points. Kyiv a par ailleurs présenté un « plan de prospérité » de 800 milliards de dollars destiné à attirer investisseurs américains et européens sur dix ans.
Modalités et transparence encore limitées
Peu de détails sur les conditions exactes offertes par Dobra Lithium Holdings ont été rendus publics. Svyrydenko a toutefois précisé que l’exploitation se fera dans le cadre d’un accord de partage de production, mécanisme courant dans l’exploitation de ressources où l’État reste propriétaire et partage une part des revenus avec l’opérateur, tandis que l’entreprise assume les risques et les investissements initiaux.
Objectifs stratégiques et retombées attendues
Selon la Première ministre, ce projet doit servir de catalyseur pour attirer d’autres investisseurs et intégrer l’Ukraine aux chaînes d’approvisionnement de ses partenaires stratégiques. Le vice‑ministre de l’Économie, Yegor Perelygin, a estimé que, si le pilote réussit, il pourrait attirer à terme plus de 500 millions de dollars d’investissements supplémentaires.
Ressource nationale et part des bénéfices
Le gisement de Dobra, potentiellement riche, pourrait contenir entre 80 et 105 millions de tonnes de lithium, selon le Kyiv Independent. L’accord de partage de production serait conclu pour 50 ans. D’après Perelygin, l’Ukraine percevra 4 % des bénéfices dès la première année, ainsi que divers frais et taxes portant la part totale à 13 % des bénéfices initiaux ; à partir de la cinquième année, une fois les coûts amortis, la part de Kyiv devrait atteindre 22 % des bénéfices.
Conclusion
L’attribution du gisement de Dobra marque une étape importante dans la valorisation des ressources minérales ukrainiennes. Si le projet promet des retombées économiques et l’arrivée d’investissements étrangers, il soulève aussi des questions de transparence et d’influence politique en raison des liens entre certains investisseurs et des personnalités américaines.