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La coupe sous les kalachnikovs : le Sénégal perd la tête en même temps que le titre

Le geste est spectaculaire. Il est aussi parfaitement inutile.


Quelques semaines après la décision du Jury d’Appel de la CAF qui a retiré au Sénégal son titre de champion d’Afrique pour avoir quitté le terrain en finale, Dakar a choisi la posture du bras de fer. La coupe de la CAN 2025 trône désormais au centre d’un camp militaire sénégalais, gardée par des soldats en armes. Le joueur Moussa Niakhaté a publié des photos avec le trophée et le message provocateur : « Venez les chercher. »
Très bien. Mais venons-en aux faits.


Un geste fort pour masquer une position faible
Le Sénégal a quitté le terrain pendant une vingtaine de minutes lors de la finale contre le Maroc. C’est un fait, pas une interprétation. Le règlement de la CAF est clair sur ce point : quitter le terrain constitue une faute grave passible de forfait. Le Jury d’Appel de la CAF a appliqué ce règlement. On peut le trouver sévère, on peut le contester  c’est le droit du Sénégal. Mais on ne peut pas prétendre que la décision est tombée du néant.


Mettre la coupe dans un camp militaire ne modifie pas d’un iota cette réalité juridique. C’est un message de force symbolique adressé à l’opinion publique sénégalaise et africaine, pas aux instances sportives internationales. Le TAS, à Lausanne, se moque royalement du nombre de soldats qui gardent un trophée à Dakar. Il jugera sur des textes, des procédures, des arguments juridiques  pas sur des photos Instagram.


Le Maroc, lui, a joué le jeu des institutions
Pendant que le Sénégal optait pour la dramaturgie militaire, le Maroc a fait quelque chose de beaucoup plus efficace : il a suivi les voies de recours légales. Débouté en première instance devant le jury disciplinaire de la CAF, il a introduit un appel. Il a argumenté, documenté, persisté. Et il a obtenu gain de cause.


On peut discuter de l’équité de cette décision. On peut pointer l’avantage d’un pays hôte, la sévérité maximale d’une sanction qui aurait pu être proportionnée différemment. Mais le Maroc, lui, n’a pas placé son dossier dans une base militaire. Il l’a déposé devant des juges.
C’est précisément là que réside le déséquilibre entre les deux nations dans cette affaire : l’une a maîtrisé le terrain institutionnel, l’autre a cédé au spectacle.


Des accusations sans preuves, un risque sans bénéfice


Le gouvernement sénégalais a réclamé une enquête internationale pour « soupçons de corruption au sein de la CAF ». La presse de Dakar a parlé de « plus grand vol de l’histoire du foot », de « scandale », de « grosse farce ». Ces mots font du bruit. Ils ne font pas du droit.
Aucune preuve de corruption n’a été avancée. Aucun document, aucun témoignage, aucune transaction. Il y a une frustration immense  légitime humainement et il y a des accusations graves lancées dans l’espace public sans fondement démontré.

Cette confusion entre émotion et accusation juridique est non seulement irresponsable, elle est dangereuse. Dangereuse pour la crédibilité du dossier sénégalais au TAS, dangereuse pour les relations bilatérales avec le Maroc, et dangereuse pour l’image d’un État qui se présente comme victime d’un complot tout en refusant de restituer un trophée qu’il n’a plus légalement le droit de détenir.


La vraie force, c’est le TAS  pas l’armée
Le Sénégal a annoncé sa saisine du Tribunal Arbitral du Sport. C’est la bonne décision. C’est même la seule décision qui compte. Le TAS est indépendant de la CAF, indépendant du Maroc, indépendant des rapports de force politiques. Si la décision du Jury d’Appel était juridiquement viciée, disproportionnée, ou entachée d’irrégularité, c’est là que cela se démontrera.


Mais pour gagner au TAS, il faut des avocats solides, des arguments précis et une posture crédible pas des soldats autour d’un trophée. Chaque déclaration incendiaire, chaque mise en scène militaire, chaque accusation sans preuve fragilise un peu plus la position sénégalaise aux yeux des arbitres suisses.


Conclusion la coupe ne se gagne pas deux fois
Le Sénégal a vécu une injustice ressentie comme profonde. Ce sentiment est compréhensible. Mais la réponse à une décision institutionnelle, c’est une contre-argumentation institutionnelle  pas une démonstration de force vide de sens juridique.


Placer la coupe dans un camp militaire, c’est s’adresser aux émotions de sa propre population. C’est oublier que la seule audience qui compte désormais siège à Lausanne, dans des bureaux feutrés où les kalachnikovs n’ont jamais fait jurisprudence.

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