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Qui pour succéder à Vladimir Poutine ?

Depuis près de vingt-cinq ans, Vladimir Poutine domine la scène politique russe. À 72 ans, le chef du Kremlin ne laisse paraître aucune volonté de se retirer. Les amendements constitutionnels lui permettent d’ailleurs de rester au pouvoir potentiellement jusqu’au milieu des années 2030. Pourtant, l’avenir pourrait s’écrire autrement, car la guerre en Ukraine, la pression intérieure et le poids des années rendent inévitable la question de sa succession.

Poutine a déjà reconnu avoir dressé une « liste » de possibles héritiers, affirmant y réfléchir en permanence, même si, selon lui, le choix final appartiendra aux électeurs. Mais la réalité est que le système politique russe repose presque entièrement sur sa personne. Son départ, soudain ou préparé, mettrait en lumière la fragilité d’un pouvoir ultra-centralisé.

Les favoris du Kremlin

Le nom le plus cité est celui de Mikhaïl Michoustine, actuel Premier ministre. Économiste de formation, il a su maintenir la stabilité économique malgré les sanctions occidentales. Son sérieux et son pragmatisme en font un successeur crédible. Mais son absence de liens étroits avec les puissants services de sécurité pourrait freiner son ascension.

À l’opposé, Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité et ancien patron du FSB, reste l’un des proches les plus influents de Poutine. Architecte de l’idéologie anti-occidentale du Kremlin, il bénéficie d’un fort soutien parmi les « siloviki », les hommes forts issus des services de sécurité. Toutefois, son âge avancé et son intransigeance idéologique limitent ses chances de rallier les élites économiques.

Sergueï Sobianine, maire de Moscou, est également dans la course. Modernisateur de la capitale, il a gagné en crédibilité grâce à sa gestion de la pandémie. Mais son influence reste circonscrite à Moscou, et son profil de gestionnaire pourrait manquer de charisme pour s’imposer au niveau national.

Un autre prétendant est Andreï Belousov, promu ministre de la Défense en 2024. Économiste et technocrate, il incarne le lien entre stratégie militaire et politique économique. Mais il ne dispose pas encore d’une base politique solide.

Sergueï Kirienko, haut fonctionnaire du Kremlin, jouit d’une réputation de stratège. Néanmoins, il traîne toujours l’image négative de la crise financière de 1998 et pourrait manquer d’autorité pour diriger un système aussi verrouillé.

Les ambitions familiales et les outsiders

Le clan Patrouchev pourrait aussi chercher à imposer une succession dynastique. Dmitry, fils de Nikolaï et actuel vice-Premier ministre, est parfois cité comme héritier potentiel. Mais son expérience reste limitée.

Dmitry Kozak, ancien négociateur des accords de Minsk, a longtemps été perçu comme un proche de Poutine. Pourtant, son influence a fortement décliné après ses critiques sur la guerre en Ukraine.

À l’extérieur du Kremlin, certains exilés comme Mikhaïl Khodorkovski appellent à une rupture avec l’autoritarisme. Mais dans la Russie actuelle, un opposant ou un outsider n’a quasiment aucune chance d’accéder au sommet. L’opposition institutionnelle, déjà décapitée par la mort en prison d’Alexeï Navalny en 2024 et l’assassinat de Boris Nemtsov en 2015, ne peut plus jouer ce rôle.

Une transition incertaine

Les experts s’accordent sur un point : la succession dépendra avant tout des « siloviki », garants de la continuité du régime. Leur priorité sera de préserver la loyauté et la stabilité, bien plus que de lancer des réformes.

Une enquête menée en 2025 par RFE/RL auprès de spécialistes de la Russie a révélé un large scepticisme : la plupart estiment que Poutine restera en poste jusqu’à ce que sa santé l’en empêche. Ce scénario signifierait une transition brutale, la plus importante depuis la chute de l’URSS.

En d’autres termes, malgré les spéculations, le système est conçu pour durer. La véritable question n’est donc pas tant qui succédera à Poutine, mais quand la Russie sera contrainte d’affronter ce tournant historique.

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