Menace américaine : Pourquoi cette situation devrait inquiéter tous les Canadiens
Les Canadiens ont sans doute rarement eu autant de raisons de s’inquiéter de leur voisin du Sud. L’alerte ne vient pas d’un militant marginal, mais d’un vétéran du pouvoir. Bob Rae, ancien chef néo-démocrate, ex-premier ministre de l’Ontario et, jusqu’en novembre 2025, représentant du Canada aux Nations unies.
Depuis le retour de Donald Trump au centre du jeu politique américain, Rae a durci le ton. Nettement. Il décrit une rupture, pas une dérive passagère. Dans une entrevue accordée à Global News, il accuse la seconde administration Trump d’avoir tourné le dos au multilatéralisme pour assumer, sans fard, une logique de domination régionale.
Sans règles. Sans garde-fous.
« En gros, les Américains nous disent : “On fera tout ce qu’on peut sans être inquiétés, et qui va nous arrêter ?” », résume-t-il. Une phrase qui claque. Et qui, selon lui, ouvre la porte à toutes les options, y compris l’usage de la force contre des pays jugés “gênants”.
Rae ne force pas le trait. « On n’est plus au Kansas », glisse-t-il. Comprendre : les repères ont sauté. Le monde d’hier n’est plus opérant. Et continuer à raisonner comme si de rien n’était serait une erreur stratégique.
Cette analyse trouve un écho particulier à la lumière de l’intervention américaine récente au Venezuela, décidée sous Trump et largement dénoncée à l’international. Pour Rae, il s’agit d’un signal. Un avertissement.
Dès décembre, Ottawa avait déjà tiqué à la lecture de la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine. Le document, publié par la Maison-Blanche, acte explicitement un retour à la doctrine Monroe. Une référence lourde de sens.
Le texte est sans ambiguïté. Les États-Unis, peut-on y lire, doivent être « prééminents dans l’hémisphère occidental » afin de garantir leur sécurité et leur prospérité, et se réserver la capacité « de s’affirmer avec confiance où et quand [ils] le doivent dans la région ». Une citation rapportée par Politico, qui a fait lever bien des sourcils au nord de la frontière.
La doctrine Monroe, formulée au début du XIXᵉ siècle par le président James Monroe, affirmait la suprématie américaine sur l’hémisphère occidental et rejetait toute ingérence européenne. Elle avait, avec le temps, été reléguée au rang de relique diplomatique. Jusqu’à récemment.
Son retour en grâce coïncide avec une série d’actes et de déclarations de Trump : l’enlèvement de Nicolas Maduro, les propos sur la « nécessité » pour les États-Unis de posséder le Groenland, les menaces à peine voilées envers la Colombie et Cuba. Un faisceau d’indices qui, pour Rae, ne laisse guère de doute sur la vision du monde du président américain.
Une vision dans laquelle le Canada n’est pas à l’abri.
Depuis des mois, Trump multiplie les pressions économiques sur Ottawa, imposant de lourds droits de douane. Parallèlement, il évoque à répétition l’idée de voir le Canada devenir le 51ᵉ État américain. Des déclarations que certains ont voulu balayer d’un revers de main.
Erreur, selon Rae.
« Nous sommes au menu », tranche-t-il. Et d’ajouter : croire que le Canada est épargné parce que Trump n’a pas encore prononcé certaines formules officielles, c’est ne rien comprendre à la nature de cette administration.
Le 7 janvier, sur les ondes de CTV News, Rae a remis les pendules à l’heure. Non, Trump ne plaisante pas. « Il a une vision de qui nous sommes et de ce que nous représentons. Il pense pouvoir diriger ce pays mieux que nous », affirme-t-il. « Ce type est vraiment sérieux. »
Il n’est pas seul à s’alarmer. Jean Charest, ancien premier ministre du Québec, et l’analyste politique Eric Ham ont eux aussi tiré la sonnette d’alarme. Pour Ham, l’opération au Venezuela constitue un « avertissement clair » adressé à l’ensemble des partenaires et voisins des États-Unis.
« Nous sommes tous un peu abasourdis », reconnaît Rae. « Mais il faut dépasser la stupeur et accepter que cette réalité est là. Et qu’elle n’est ni belle, ni légale. »
Charest, de son côté, appelle à une réaction rapide. Le Canada, dit-il, doit réduire sans délai sa dépendance économique et militaire envers les États-Unis. Faute de quoi, il s’exposera à une vulnérabilité accrue face à un partenaire devenu imprévisible. La nouvelle stratégie de sécurité américaine, insiste-t-il, est un enjeu majeur pour Ottawa.
Dans ce contexte tendu, le silence des principaux chefs politiques canadiens intrigue. Le premier ministre Mark Carney n’a ni soutenu ni condamné officiellement l’intervention américaine au Venezuela. Pierre Poilievre, chef de l’opposition, l’a pour sa part appuyée sur les réseaux sociaux. Mais aucun des deux n’a encore répondu à la question centrale : quelles seront les conséquences concrètes pour le Canada ?
Pour Bob Rae, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Trump, dit-il, est « hors de contrôle ». Et le Canada doit réagir, collectivement.
« Dans notre propre intérêt, nous devons travailler avec d’autres pays pour faire tout ce qui est possible afin de freiner les États-Unis », plaide-t-il. « Sa façon de parler est sans précédent. »
Il marque une pause. Puis conclut, sans détour : « Jamais un président américain n’a traité ses voisins de cette manière. Le destin peut nous frapper, comme il peut frapper le Danemark ou n’importe quel autre pays. »
Cette fois, l’avertissement est limpide. Et difficile à ignorer.
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