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La Russie perd son pari économique au Venezuela

Changement de régime et perte d’un allié


La chute de Nicolás Maduro prive la Russie d’un partenaire majeur sur la scène internationale. Au‑delà de l’impact géopolitique, ce probable changement de régime à Caracas scelle l’échec d’un cycle d’investissements et de paris économiques pour Moscou.

Des liens noués sous Chávez


Après l’arrivée d’Hugo Chávez, la Russie et le Venezuela ont tissé, dans les années 2000, des relations étroites fondées sur d’importants contrats d’armement et des investissements pétroliers. Ces accords ont fait du Venezuela l’un des partenaires extra‑européens les plus importants du Kremlin.

Un partenariat stratégique et symbolique


Pour Moscou, Caracas représentait un reflet de sa politique étrangère : une hostilité commune envers les États‑Unis, des réserves pétrolières considérables et une porte d’entrée en Amérique latine. Au milieu des années 2010, la Russie avait engagé plus de 7 milliards d’euros dans des projets d’extraction au Venezuela, tandis que Caracas avait dépensé près de 10 milliards d’euros en armements russes, renforçant sa dépendance militaire vis‑à‑vis de Moscou.

Une coopération très dense


L’alliance s’est matérialisée par quelque 350 accords bilatéraux couvrant des secteurs variés — aviation, énergie nucléaire, industrie automobile et même intégration de systèmes financiers. En 2024, une banque conjointe, Evrofinance Monsnarbank, a ouvert à Caracas, et l’adoption du système de paiement russe Mir a été annoncée.

Des coûts et des difficultés structurelles


Les problèmes économiques de la Russie au Venezuela ne datent pas de la récente capture de Maduro. L’exploitation du pétrole extra‑lourd vénézuélien est coûteuse, et l’état dégradé des infrastructures locales a freiné la rentabilité des projets. En 2020, Moscou a commencé à céder certains actifs pétroliers à des entités publiques vénézuéliennes, signe d’un désengagement discret.

Sanctions, sécurité et retrait partiel


Les sanctions américaines ont aussi pesé : elles ont contraint des acteurs comme Rosneft à suspendre leurs activités. Par ailleurs, l’instabilité sécuritaire a poussé la Russie à déployer des contractuels liés au groupe Wagner en 2019 puis en 2024 pour protéger ses intérêts. Résultat : la production sous contrôle russe plafonnait à 125 000 barils par jour en 2022, loin des objectifs initiaux qui visaient plusieurs centaines de milliers de barils.

Des pertes financières lourdes


Les estimations évaluent les pertes de Rosneft au Venezuela entre 6 et 9 milliards de dollars, un coup dur pour une économie russe déjà fragilisée par la transition vers une économie de guerre et la baisse des prix du pétrole. Aucun nouveau prêt officiel n’a été consenti depuis 2018.

Des projets restés lettre morte


Plusieurs projets industriels annoncés — usine automobile, usine de cartouches — n’ont jamais vu le jour. Les prêts accordés au fil des années risquent de ne jamais être remboursés par un État désormais exsangue et largement sous influence américaine, ce qui laisse peu d’espoir de récupération des investissements.

Le coup de grâce et les conséquences commerciales
La capture de Nicolás Maduro par les États‑Unis a porté le coup de grâce aux ambitions économiques russes au Venezuela. Les contrats pétroliers et d’armement sont désormais menacés, et le commerce bilatéral — évalué à 2–3 milliards de dollars par an — pourrait s’effondrer.

Une alliance en sursis


Pour Vladimir Poutine, abandonner le Venezuela peut apparaître comme un moyen d’éviter une confrontation directe avec Donald Trump et de concentrer ses ressources sur le front ukrainien. Quoi qu’il en soit, pour l’économie russe déjà fragilisée, le pari vénézuélien s’avère, à ce stade, largement perdu.

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